Deux enfants sur un arbre, devant une cabane en bois, s’amusent avec une corde au bout de laquelle un panier est attaché. Image symbolisant le guide sur les émissions lumineuses et l’ombrage.

Ombrage et émissions lumineuses dans le voisinage

Nuisances lumineuses et ombrage: informations importantes

La lumière et l’ombre sont souvent des sources de conflits entre voisins. Découvrez ici comment le droit suisse du voisinage règle les émissions lumineuses et l’ombrage lorsqu’ils sont intolérables et ce que vous pouvez faire si votre propriété est concernée.

  • Temps de lecture: 9 minutes
  • Dernière mise à jour: février 2026
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La loi prescrit à l’art. 684, al. 1, du code civil (CC) que chaque propriétaire d’un terrain a l’obligation de s’abstenir de tout excès au détriment des propriétés du voisinage. Les immissions excessives sont donc interdites, notamment celles causées par du bruit, de la fumée, des vibrations ou des sources lumineuses (cf. art. 684, al. 2, CC).

Il convient cependant souligner que la jurisprudence est très restrictive dans sa définition du caractère excessif, si bien qu’il ne doit pas être invoqué à la légère. De plus, chaque cas particulier doit être évalué séparément.

Nuisances lumineuses provenant du voisinage

Les sources lumineuses sur le terrain voisin, telles que les lampes de jardin, les éclairages de façade ou les lampes avec détecteur de mouvement, peuvent parfois être dérangeantes. Si ces immissions lumineuses sont intolérables pour le voisinage, le droit suisse s’applique. Cela ne signifie toutefois pas que tout type d’immissions lumineuses est interdit. Il s’agit plutôt d’évaluer si la lumière constitue une nuisance importante qui affecte la propriété voisine de manière intolérable. En d’autres termes, il faut déterminer si les immissions lumineuses sont excessives.

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L’éclairage de votre voisin vous dérange: voici ce que vous pouvez faire

Selon le droit suisse, vous avez droit à une protection notamment contre les immissions lumineuses intolérables provenant du voisinage. L’art. 684 CC dispose en effet que les sources lumineuses situées sur les terrains voisins ne doivent pas excéder ce qui est normal et affecter votre propre terrain de manière intolérable. Ce qui est considéré comme une immission lumineuse intolérable ou une «nuisance lumineuse» dépend de chaque cas particulier. Comme souligné plus haut, la jurisprudence est très restrictive dans sa définition du caractère excessif des immissions. Celles-ci doivent donc être très intenses pour être jugées intolérables.

Le droit public prévoit certaines règles qui aident à déterminer s’il y a excès ou non. Par exemple, de nombreuses communes prescrivent que les sources lumineuses doivent être atténuées ou même éteintes durant la nuit, principalement entre 22 h et 6 h, afin de garantir le repos nocturne. Si cette réglementation n’est pas respectée, cela peut constituer des immissions lumineuses excessives.

Si une source lumineuse située sur le terrain voisin vous dérange, il est conseillé de commencer par chercher le dialogue avec votre voisine ou voisin. À défaut d’entente, vous pouvez vous adresser à la commune ou au service des constructions, afin de faire examiner la possible nuisance lumineuse. Si les mesures effectuées montrent qu’il s’agit effectivement d’une immission lumineuse intolérable, les autorités peuvent prendre des mesures appropriées (avertissement, obligation d’adaptation, amende, etc.).

Il convient de relever ici qu’il est préférable d’agir dans le cadre du droit public – notamment lorsque des prescriptions de droit public ne sont pas respectées – plutôt que d’ouvrir une procédure de droit privé pour cause d’immissions excessives. En effet, en cas de violation de prescriptions de droit public, l’autorité compétente intervient dès qu’elle en a connaissance et veille à rétablir l’ordre légal. Elle n’est pas directement partie à la procédure, mais ne fait que dénoncer l’infraction. Si l’autorité en question arrive à la conclusion qu’il y a effectivement violation de prescriptions de droit public, elle prend les mesures nécessaires pour y remédier.

Si vous décidez par contre d’ouvrir une action de droit privé pour vous protéger contre les immissions, sachez que vous devez vous-même déposer plainte et prouver que les immissions sont excessives. Le tribunal dispose cependant d’un certain pouvoir d’appréciation pour déterminer si les immissions sont effectivement excessives. Si ce n’est pas (ou plus) le cas lors du dépôt de la plainte, celle-ci n’aboutira pas.

Que faire si votre éclairage avec détecteur de mouvement dérange le voisinage?

Si vos lampes avec détecteur de mouvement dérangent le voisinage parce qu’elles s’allument trop souvent ou sont trop lumineuses, cela peut aussi avoir des conséquences juridiques. Votre détecteur de mouvement doit être réglé de manière à ne pas troubler le repos nocturne du voisinage.

À noter que le problème des nuisances lumineuses dues à un détecteur de mouvement peut souvent être rapidement résolu en modifiant l’orientation du détecteur, en réduisant l’intensité de l’éclairage ou en adaptant sa durée d’activation. Régler le détecteur de sorte qu’il ne réagisse qu’à des mouvements plus importants peut aussi contribuer à éviter que les lampes ne s’allument inutilement.

Si malgré ces mesures, l’éclairage activé par votre détecteur de mouvement est toujours perçu comme dérangeant, la voisine ou le voisin est en droit, selon les circonstances, de déposer plainte. Toutefois, comme déjà souligné, la jurisprudence est très restrictive dans sa définition du caractère excessif des immissions. À cet égard, si aucune prescription de droit public n’est enfreinte, cela peut être considéré comme un indice que les immissions ne sont pas excessives.

Droit à la lumière et au soleil

En Suisse, il n’existe pas de droit à la lumière et au soleil de portée générale inscrit dans la loi. Cela signifie qu’une voisine ou un voisin peut construire ou faire pousser des plantes sur son terrain même si cela vous prive d’accès à la lumière et au soleil sur votre propre terrain. Il existe néanmoins quelques prescriptions et règles relatives aux plantes, qui peuvent être utiles lorsque de l’ombre est perçue comme dérangeante.

Règles de distance: certains cantons règlementent à quelle distance de la limite de la propriété voisine il est permis de planter des plantes et des arbustes ou d’installer des clôtures. Ces règles sont généralement arrêtées dans la loi d’application du code civil suisse (LACC) du canton concerné. Ce n’est cependant pas le cas dans tous les cantons: dans celui de Thurgovie, par exemple, ces dispositions se trouvent dans une loi cantonale sur les terrains et les jardins.

Attention: dans certains cantons, le droit à l’élimination des plantes qui ont été plantées trop près de la limite de la propriété voisine est sujet à prescription. Une fois que le délai de prescription est passé, seul le respect de la hauteur maximale de la plante peut être exigé, pour autant qu’une telle hauteur soit prescrite pour l’espèce végétale concernée.

Qu’est-ce qu’un ombrage intolérable de locaux d’habitation?

En Suisse, il n’existe pas de définition légale de portée générale précisant ce qu’il faut comprendre par ombrage intolérable de locaux d’habitation. Toutefois, s’il y a une immission excessive au sens de l’art. 684 CC, il est toujours possible de se défendre – si nécessaire en déposant plainte. Comme nous l’avons déjà relevé, la jurisprudence est cependant très restrictive dans sa définition du caractère excessif des immissions. De plus, chaque cas doit être considéré individuellement et les tribunaux compétents disposent d’une certaine marge d’appréciation en la matière.

Les tribunaux sont très réticents à considérer qu’un ombrage est excessif et n’interviennent que dans des cas extrêmes. Ils n’ont par exemple pas admis le caractère excessif de l’ombrage dans le cas d’une rangée de sapins d’une longueur de 50 mètres, pour une hauteur comprise entre 10 et 26 mètres. Ils ne l’ont pas admis notamment parce que les deux terrains concernés se trouvaient dans une zone rurale à vocation agricole. Ils ont en outre tenu compte de l’intérêt général à la préservation d’un beau paysage.

Cas d’espèce 1: un arbre fait de l’ombre sur le terrain voisin

Imaginez que sur votre terrain pousse un grand arbre qui, au fil des ans, est devenu de plus en plus haut et volumineux. Un jour, votre voisin vient vous voir pour se plaindre: l’arbre projette une grande ombre sur son terrain, en particulier sur son jardin et sa terrasse. Il se sent lésé, car cette ombre le prive de la lumière du soleil et l’empêche de profiter de son jardin comme il le souhaiterait. En tant que propriétaire de l’arbre, vous vous demandez quels sont les droits de votre voisin dans cette situation et ce que vous devriez faire.

En Suisse, il n’existe pas de droit légal de portée générale à jouir de la lumière et du soleil. Votre voisin ne peut donc pas exiger que l’arbre soit abattu au simple motif qu’il fait de l’ombre sur son terrain.

Si toutefois l’arbre enfreint des prescriptions de distance à la limite de sa propriété, le voisin peut – en fonction de la législation du canton concerné – en réclamer l’abattage. De plus, si une hauteur maximale est prescrite, il peut aussi exiger que l’arbre soit rabattu à cette hauteur. Dans tous les cas, il est important de consulter le droit cantonal applicable, car les prescriptions diffèrent d’un canton à l’autre.

Par ailleurs, si des branches de l’arbre dépassent la limite de votre propriété ou si des racines pénètrent dans celle du voisin, ce dernier a le droit de les couper (ou de les faire couper), pour autant que les branches ou racines en question causent un dommage. Le voisin doit également vous avoir préalablement fixé un délai convenable pour la coupe des branches et des racines.

Si l’arbre fait de l’ombre au point de porter considérablement atteinte à l’utilisation de son terrain par le voisin, ce dernier peut invoquer l’art. 684 CC, qui protège contre les nuisances intolérables. Cela ne concerne toutefois que les cas extrêmes, où l’ombre réduit considérablement le confort d’habitation du voisin, par exemple lorsqu’une grande partie de son jardin ou de sa maison est pratiquement privée de la lumière du jour. Toutefois, comme nous l’avons déjà souligné, la jurisprudence est très restrictive dans sa définition du caractère excessif des atteintes.

 En cas de conflit de voisinage, il est recommandé de chercher une solution amiable, cela parce qu’aucune des parties ne souhaite généralement quitter les lieux et qu’elles continueront par conséquent à avoir affaire l’une à l’autre.

Vous avez donc intérêt à parler ouvertement avec votre voisin et à résoudre le problème ensemble. Souvent, il suffit d’élaguer l’arbre à intervalles réguliers pour en réduire l’ombrage.

La recherche conjointe d’une solution peut également passer par une procédure de médiation. Il s’agit d’une procédure structurée et volontaire visant à régler le conflit de manière constructive, dans le cadre de laquelle des tiers indépendants et impartiaux accompagnent les parties au conflit dans le processus de résolution.

Si aucune solution amiable n’est trouvée, il vaut la peine de vérifier si vos arbres et vos plantes respectent les prescriptions légales (p. ex. distance à la limite de la propriété voisine ou hauteurs maximales). Si vos arbres et/ou vos plantes enfreignent ces prescriptions, votre voisin pourrait légitimement exiger que vous preniez des mesures appropriées, telles que rabattre ou même abattre les arbres et les plantes concernés.

Cas d’espèce 2: votre terrain est envahi par l’ombre d’une nouvelle construction

Imaginez que vous habitez depuis des années dans une maison avec un beau jardin ensoleillé. Or, un jour, votre voisine se lance dans un gros projet de construction sur son terrain. Pendant les travaux, vous constatez que le nouveau bâtiment fait de l’ombre à une grande partie de votre jardin et de votre maison. Votre jardin, qui était auparavant très ensoleillé, se trouve maintenant souvent à l’ombre et certaines pièces de votre maison sont également largement privées de lumière.

Cette situation soulève la question suivante: quels sont vos droits si une nouvelle construction sur le terrain voisin fait de l’ombre à votre propriété?

Comme nous l’avons déjà relevé, il n’existe pas de droit légal de portée générale à jouir de la lumière et du soleil. Votre voisine peut donc construire son nouveau bâtiment tant qu’elle respecte les prescriptions en vigueur en matière de construction.

Si certaines de ces prescriptions (p. ex. la distance à la limite de votre propriété) ne sont pas respectées, vous avez, selon les circonstances, la possibilité de faire opposition au projet dans le délai prévu à cet effet ou d’informer l’autorité compétente en matière de construction. Le présent article porte toutefois non pas sur ces questions, mais sur les éventuelles prétentions relevant du droit du voisinage que vous pouvez exercer en cas d’immissions excessives.

En cas d’immissions excessives – lesquelles, comme nous l’avons déjà indiqué, ne doivent pas être invoquées à la légère –, vous pouvez vous défendre sur la base de l’art. 684 CC et, si les immissions excessives persistent, engager une action en justice. En cas de doute, nous vous recommandons de préalablement recourir à une assistance juridique, afin de bénéficier de conseils approfondis.

Questions et réponses

Vous trouverez ici les réponses aux questions les plus fréquentes sur les thèmes des immissions lumineuses et de l’ombrage de locaux d’habitation.

Les règles en matière de construction et de distance à la limite de la propriété voisine sont arrêtées dans les législations cantonales (généralement dans la loi d’application du code civil suisse [LACC] du canton concerné), ainsi que dans les règlements de construction cantonaux et communaux. Pour obtenir des informations détaillées, vous pouvez vous rendre sur le site web de votre commune et y consulter le règlement de construction.

En application de l’art. 684 CC, vous avez droit à une protection contre les immissions excessives, y compris les immissions lumineuses. Étant donné toutefois que la jurisprudence est très restrictive dans sa définition du caractère excessif des immissions, nous vous recommandons de commencer par chercher le dialogue avec votre voisine ou voisin. Au besoin, vous pouvez également recourir aux services d’une médiatrice ou d’un médiateur expérimenté.

Si aucune solution amiable n’est trouvée, nous vous conseillons de vous adresser à la commune ou au service des constructions, afin de faire examiner la possible nuisance lumineuse. Si cette démarche n’aboutit pas non plus, demandez un conseil juridique pour évaluer s’il y a ou non immission excessive au sens de l’art. 684 CC.

L’ombrage est considéré comme intolérable lorsqu’il nuit considérablement au confort de l’habitation. Il n’en existe cependant pas de définition légale précise. Chaque cas est examiné individuellement.

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