Cyberharcèlement: le reconnaître et agir correctement

Cyberharcèlement: le reconnaître et agir correctement

Prévention, mesures de protection et peines

Le cyberharcèlement est le côté obscur du monde numérique. Les insultes, les fausses rumeurs ou les images intimes se propagent en quelques secondes et laissent de profondes traces chez les personnes concernées. Il est donc important de savoir comment se protéger contre le cyberharcèlement et, au besoin, comment se défendre et agir sur le plan juridique.

  • Temps de lecture: 9 minutes
  • Dernière mise à jour: août 2026
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L'essentiel en bref

  • Le cyberharcèlement est une forme de harcèlement pratiqué essentiellement sur des canaux numériques, tels que les réseaux sociaux, les chats et les forums en ligne.
  • Les personnes visées subissent un stress émotionnel et psychologique qui peut lourdement impacter leur qualité de vie.
  • Il existe divers moyens de prévention et d’intervention permettant de lutter contre ce problème et d’aider les personnes concernées.
  • Les parents et le corps enseignant peuvent jouer un rôle important en abordant ouvertement le sujet et en proposant leur soutien.
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Qu’est-ce que le cyberharcèlement et pourquoi est-ce un problème grave?

Le cyberharcèlement (également appelé cyberintimidation) consiste à harceler, ridiculiser et humilier intentionnellement une personne en utilisant des canaux numériques, tels que les réseaux sociaux, les chats et les forums en ligne. À la différence du harcèlement traditionnel, qui a lieu dans le monde réel (p. ex. sur le lieu de travail ou à l’école), le cyberharcèlement profite sur Internet d’un espace dans lequel les personnes harceleuses peuvent agir anonymement et se sentent en sécurité. Leur seuil d’inhibition face à des comportements intrusifs et sans scrupules s’en trouve donc abaissé.

Ce qui est particulièrement grave, c’est que les commentaires, photos ou vidéos injurieux se propagent en quelques secondes et ne peuvent ensuite pratiquement jamais être complètement supprimés. Le tort causé aux victimes est donc souvent à la fois immense et durable.

Les divers types de cyberharcèlement: exemples et phénomènes

Le cyberharcèlement ne se laisse pas réduire à un seul comportement, mais se présente sous des formes très diverses. Nombre de phénomènes qui en relèvent paraissent même inoffensifs à première vue, passant pour de simples plaisanteries ou commentaires ironiques. Toutefois, sur Internet, ils deviennent dévastateurs en raison de leur diffusion à grande échelle et de l’anonymat qui les couvre. Les principaux types de cyberharcèlement sont présentés ci-après.

Le «trolling» désigne le fait de provoquer ou d’irriter délibérément d’autres personnes sur Internet. Appelées «trolls», les personnes qui le pratiquent cherchent à capter l’attention de manière ciblée en postant des commentaires insultants, en diffusant délibérément de fausses informations ou en tournant des discussions en ridicule. Elles se cachent généralement derrière l’anonymat des forums en ligne ou des réseaux sociaux.

Le trolling peut sembler ne consister, à première vue, qu’en de simples mauvaises plaisanteries, mais ces attaques permanentes peuvent finir par causer un grave préjudice moral aux personnes visées. Si par exemple dans un chat de classe, un élève est régulièrement ridiculisé par des commentaires moqueurs sur son apparence, il peut en résulter à long terme un état d’anxiété, un repli sur soi ou une perte massive de confiance en soi.

Le «catfishing», ou cyberimposture, consiste à se doter d’une fausse identité sur Internet afin de gagner la confiance d’autrui. Les personnes qui le pratiquent se créent sur les réseaux sociaux des profils d’apparence très réaliste et à première vue inoffensifs.

La victime croit échanger des messages avec une personne réelle, alors qu’elle est manipulée. Le but peut être de la contrôler émotionnellement, d’obtenir des informations intimes ou même de la faire chanter et lui soutirer de l’argent. Le love scamming, ou arnaque aux sentiments, en est un exemple très répandu.

On parle de «doxxing», ou divulgation de données personnelles, lorsque des informations privées concernant une personne sont diffusées sur Internet sans son consentement. Il peut s’agir par exemple de son adresse, son numéro de téléphone, son établissement scolaire ou son lieu de travail.

L’intention derrière ces actes est généralement de harceler la personne concernée, de l’intimider, voire de la mettre en danger. Pour les victimes, cela peut être très stressant, car elles se mettent soudainement à craindre des appels indésirables, des menaces, voire des visites de personnes inconnues. En Suisse, le doxxing constitue une infraction à la loi fédérale sur la protection des données et peut, selon son ampleur, avoir des conséquences pénales.

Par discours haineux sur Internet, on entend la diffusion de propos haineux, insultants ou discriminatoires. Ces attaques visent souvent des groupes entiers et sont motivées par des questions par exemple d’origine, de religion, de genre ou d’orientation sexuelle, mais peuvent aussi être individuelles. Les commentaires haineux sont généralement visibles publiquement et par conséquent d’autant plus humiliants.

Le «happy slapping», en français vidéoagression ou vidéolynchage, est une forme particulièrement brutale de cyberharcèlement. Il consiste à agresser physiquement une personne en filmant la scène et à diffuser ensuite la vidéo sur les réseaux sociaux ou dans des groupes de discussion.

Le terme «happy» se réfère ici – cyniquement – au plaisir malsain qu’éprouvent les agresseurs. Pour la victime, le vidéolynchage est doublement humiliant, puisqu’après avoir subi une agression physique, elle en voit les images diffusées publiquement.

L’une des formes les plus graves de cyberharcèlement est la diffusion non autorisée de photos ou de vidéos. Les images intimes ou compromettantes postées sans consentement des personnes concernées sont particulièrement problématiques. Un exemple typique est ce qu’on appelle la vengeance pornographique ou pornodivulgation, qui consiste à publier en ligne des images intimes de son ex-partenaire après une rupture.

Mais il arrive aussi que des images prises à l’insu des personnes concernées – les montrant par exemple en train de se changer dans un vestiaire ou sous la douche – se retrouvent dans des groupes de discussion ou sur des forums en ligne. Même si elles sont supprimées par la suite, le mal est fait: beaucoup ont vu les images et les ont peut-être même enregistrées. La diffusion d’images est punissable si elle porte atteinte aux droits de la personnalité.

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Le cyberharcèlement en droit suisse: qu’est-ce qui est punissable?

Le cyberharcèlement est-il punissable en Suisse? La réponse est oui, même s’il n’existe pas d’article de loi spécifique interdisant explicitement le cyberharcèlement. Ce sont plutôt différentes dispositions du code pénal (CP) qui s’appliquent, en fonction des actes incriminés. Ainsi, les remarques désobligeantes sur Internet ne sont pas nécessairement punissables, mais si certaines limites sont franchies – par exemple propos insultants, menaces, diffusion d’informations privées ou d’images intimes –, leurs autrices ou auteurs peuvent être poursuivis en justice.

Quelques exemples: quiconque ridiculise ou insulte une personne sur Internet par des commentaires dévalorisants peut être puni pour injure (art. 177 CP). De même, quiconque diffuse de fausses informations sur une personne s’expose à une condamnation pour diffamation (art. 173 CP) ou calomnie (174 CP). Photographier ou filmer une personne à son insu et diffuser les images ainsi obtenues peut être sanctionné en tant qu’atteinte à la sphère privée (art. 179 ss CP) ou infraction à la disposition réprimant la pornographie (art. 197 CP).

De plus, quiconque menace une personne de manière ciblée est également punissable (art. 180 CP). Enfin, les discours de haine relèvent également du droit pénal lorsqu’ils constituent une forme de discrimination raciale (art. 261bis CP). Les personnes mineures sont soumises au droit pénal des mineurs.

Les victimes ont la possibilité de saisir la justice civile, en engageant par exemple des actions en dommages-intérêts ou en réparation du tort moral, dans la mesure où elles ont effectivement subi un préjudice matériel ou moral.

Porter plainte en cas de cyberharcèlement

Les victimes de cyberharcèlement ne doivent pas hésiter à porter plainte verbalement ou par écrit auprès de la police ou directement auprès du ministère public. Le cas échéant, il est impératif de rassembler préalablement toutes les preuves (voir la section «Rassembler les preuves: lesquelles sont pertinentes?»).

Les centres d’aide aux victimes proposent également leur soutien, ainsi qu’une aide dans les démarches à accomplir. De plus, même si les personnes harceleuses agissent sous le couvert de l’anonymat, les services d’investigation parviennent souvent à remonter jusqu’à elles, grâce aux adresses IP ou avec l’aide des exploitants des plateformes.

Dans nombre de cas – notamment lorsque les personnes impliquées font partie du milieu scolaire ou familial –, une médiation peut également s’avérer judicieuse. On tente alors de résoudre le conflit par la voie extrajudiciaire. Il est même parfois possible d’obtenir la prise en charge des frais par une assurance de protection juridique ou une cyberassurance.

Voici comment vous protéger contre le cyberharcèlement

Beaucoup se se posent la question suivante: comment peut-on se protéger contre le cyberharcèlement? N’importe qui peut être victime de cyberharcèlement, d’autant plus que la communication numérique est désormais omniprésente. Il vaut donc la peine de réfléchir à temps à comment se protéger. Il n’existe pas de protection absolue, mais naviguer sur Internet en ayant conscience du danger, configurer adéquatement les paramètres de confidentialité et gérer ses données personnelles avec prudence permet de nettement réduire les risques.

Une mesure de première importance consiste à adopter un comportement prudent sur les réseaux sociaux. Avant de poster des contenus, il faut toujours se demander: doivent-ils ou non être également accessibles à des personnes inconnues? Car une fois en ligne, les photos, vidéos ou commentaires ne peuvent pratiquement plus être complètement supprimés. Les informations particulièrement intimes ou confidentielles ne doivent jamais être communiquées à la légère, pas même à des personnes en qui l’on a confiance.

Les paramètres de protection des données sont tout aussi importants. Presque toutes les plateformes offrent la possibilité de privatiser son profil, autrement dit de partager ses contenus uniquement avec ses amies et amis, ou de limiter les notifications. En utilisant systématiquement ces options, on réduit le risque d’attaques par des personnes inconnues.

Une gestion prudente des informations personnelles assure également une bonne protection. Des informations telles que l’établissement scolaire fréquenté, le domicile ou le cercle d’amies et amis paraissent anodines, mais fournissent souvent aux personnes harceleuses une base suffisante pour lancer des attaques ciblées. C’est pourquoi il est recommandé de vérifier régulièrement ce qui est visible publiquement.

Enfin, la prévention consiste aussi à demander de l’aide à temps si l’on est victime de cyberagressions. Les amies et amis, les parents, les enseignantes et enseignants ainsi que les services de conseil peuvent intervenir rapidement et empêcher que la situation ne s’aggrave.

Que faire si l’on est victime de cyberharcèlement?

Le cyberharcèlement est très stressant et de nombreuses victimes se sentent d’abord impuissantes. Mais ce qui compte et que vous devez savoir, c’est que vous n’êtes pas seule ou seul et que des mesures peuvent être prises pour vous défendre. Le principe le plus important est le suivant: gardez votre calme. Ne contre-attaquez pas et n’insultez pas à votre tour, mais agissez de manière structurée.

Sans preuves, il est pratiquement impossible de poursuivre les personnes harceleuses. Faites des captures d’écran de leurs commentaires, leurs messages ou leurs profils – si possible avec les noms et l’horodatage. Les historiques des chats, les liens et les témoignages peuvent aussi être utiles. Dès qu’un post est supprimé ou un profil désactivé, leur contenu devient souvent introuvable. C’est pourquoi il faut tout documenter.

Si des images intimes ou gênantes sont postées, il faut aussitôt les signaler à la plateforme, mais non sans les avoir documentées (captures d’écran). Des services d’aide spécialisés, tels que clickandSTOP de la Protection de l’enfance Suisse ou StopNCII.org, proposent également leur soutien et permettent de faire retirer des contenus des réseaux sur la base de leur empreinte numérique. Même si de nombreuses personnes ont déjà vu les images, il vaut la peine d’agir immédiatement: chaque nouveau retrait contribue à limiter le dommage.

Le cyberharcèlement peut avoir des conséquences aussi bien pénales que civiles. L’atteinte à la réputation sur Internet au moyen de fausses allégations est punissable en tant que diffamation (art. 173 CP) ou calomnie (art. 174 CP). La diffusion d’images privées porte quant à elle atteinte aux droits de la personnalité.

Les victimes peuvent intenter une action en cessation ou en en réparation du tort moral. Plus on agit rapidement, meilleures sont les chances de succès. Il est recommandé de se faire conseiller par une assurance de protection juridique ou un service d’aide aux victimes.

Les témoins, c’est-à-dire les personnes qui assistent aux actes de harcèlement sur Internet en tant que spectatrices ou spectateurs, constituent un facteur souvent sous-estimé dans le cyberharcèlement. Nombre d’entre elles assistent en effet à ces actes, mais n’interviennent pas, soit qu’elles craignent d’être elles-mêmes prises pour cible, soit qu’elles estiment que cela ne les regarde pas.

Or le silence renforce les personnes harceleuses. Si vous souhaitez aider les victimes, soutenez-les en leur envoyant un message personnel, en leur témoignant votre solidarité ou en signalant et en bloquant les contenus concernés. Les témoins doivent cependant éviter de s’immiscer activement dans le conflit ou de provoquer directement les personnes harceleuses, car cela pourrait aggraver la situation.

Cyberharcèlement à l’école et rôle des parents

Les enfants et les jeunes sont particulièrement exposés au cyberharcèlement, car une grande partie de leurs relations passent désormais par WhatsApp, TikTok, Snapchat ou Instagram. Les conflits qui se limitaient autrefois à la cour de récréation les accompagnent aujourd’hui 24 heures sur 24, car les smartphones permettent de lancer des attaques à tout moment.

Il est donc d’autant plus important que le corps enseignant et les parents sachent reconnaître à temps les indices de cyberharcèlement. Les enfants ne sont pas tous à même de s’ouvrir et d’en parler. Les signaux d’alerte peuvent être un repli sur soi, des sautes d’humeur, la peur de l’école, l’abandon soudain des réseaux sociaux ou des troubles physiques, tels que des maux de ventre ou des maux de tête.

Les écoles ont ici une responsabilité particulière. Les enseignantes et enseignants doivent prendre au sérieux les conflits se déroulant dans l’espace numérique et encourager les personnes impliquées à se parler et résoudre le problème. De nombreuses écoles misent aujourd’hui sur des programmes de prévention, des ateliers ou des règles de conduite claires visant à relever le seuil d’inhibition des harceleuses et harceleurs potentiels.

Les parents ont également un rôle à jouer face au cyberharcèlement: ils doivent écouter leur enfant, faire preuve de compréhension et le soutenir, et non minimiser les incidents. Ils peuvent alors définir avec lui les mesures à prendre, par exemple rassembler des preuves, bloquer les harceleuses et harceleurs, informer l’école et, dans les cas graves, porter plainte. Des services de conseil, tels que Pro Juventute ou Protection de l’enfance Suisse, proposent également leur soutien.

Questions et réponses

Vous trouverez ici les réponses aux principales questions concernant le cyberharcèlement.

Oui. Le code pénal ne contient pas d’article interdisant explicitement le cyberharcèlement, mais plusieurs de ses dispositions peuvent s’appliquer, notamment celles réprimant l’injure (art. 177 CP), la diffamation (art. 173 CP), la calomnie (art. 174 CP), les menaces (art. 180 CP) et la diffusion illicite d’images (art. 179 ss et 197 CP). Les discours de haine sont également punissables s’ils constituent une forme de discrimination raciale (art. 261bis CP).

Rassembler immédiatement les preuves (captures d’écran, liens) et signaler le cas à la plateforme. Des services spécialisés, tels que ClickandSTOP de la Protection de l’enfance Suisse ou StopNCII.org, peuvent en outre aider à limiter la diffusion de ces contenus. Il est également possible de porter plainte auprès de la police.

Les parents doivent écouter leur enfant, prendre ses préoccupations au sérieux et définir avec lui les mesures à prendre, par exemple rassembler des preuves, bloquer les harceleuses et harceleurs, informer l’école et examiner la possibilité d’engager des démarches juridiques. Des services de conseil, tels que Pro Juventute ou Protection de l’enfance Suisse, proposent également leur soutien.

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