
Congé-modification en Suisse
Bases légales du congé-modificationQu’il s’agisse du salaire, du taux d’occupation ou de la fonction exercée, le congé-modification permet, sous à certaines conditions, d’imposer leur des modifications même en l’absence d’accord entre les parties. Découvrez comment s’applique se déroule le congé-modification en Suisse, ce qui est licite et ce à quoi les employeurs et les personnes employées doivent faire attention.
Temps de lecture: 7 minutes Dernière mise à jour: juillet 2026 15 Nouvelle contribution
L'essentiel en bref
- En Suisse, le congé-modification est une résiliation des rapports de travail accompagnée d’une offre de nouveau contrat.
- Lors de la notification d’un congé-modification, les employeurs sont tenus de respecter les prescriptions légales relatives au délai de congé et à la protection contre le congé abusif.
- Les collaboratrices et collaborateurs concernés ont le droit de refuser la modification et peuvent, le cas échéant, contester la licéité du congé.
- Le recours au congé-modification permet, dans de nombreux cas, de réagir avec flexibilité aux changements se produisant dans l’entreprise.
Qu’est-ce que le congé-modification?
Lorsque les conditions de travail doivent être modifiées, le premier pas consiste en règle générale à chercher une solution d’un commun accord.Si aucun accord n’est trouvé, l’employeur a la possibilité, en respectant certaines conditions, de notifier un congé-modification.
Le congé-modification est une forme particulière de congé: les rapports de travail existants sont formellement résiliés, mais la personne concernée se voit simultanément proposer de les poursuivre à de nouvelles conditions. Le congé-modification est donc la combinaison d’un congé et d’une offre de nouveau contrat.
À la différence du congé ordinaire, qui met fin aux rapports de travail, le congé-modification les maintient, pour autant que la nouvelle offre soit acceptée. Si elle refusée, les rapports de travail prennent fin à l’expiration du délai de congé.
Que dit le droit du travail en Suisse en matière de congé-modification?
Le code des obligations (CO) ne règle pas expressément le congé-modification. Celui-ci tombe toutefois sous le coup de l’art. 335 CO, qui règle le congé ordinaire. Cela signifie que le congé-modification est soumis aux mêmes prescriptions légales que le congé ordinaire. Sont concernés les prescriptions formelles, les délais de résiliation, la protection contre les congés, les périodes de protection, et l’interdiction des licenciements abusifs.
Congé-modification par l’employeur: quand est-il licite?
Un congé-modification est licite s’il repose sur des motifs objectifs et transparents. La modification prévue doit être effectivement nécessaire pour l’entreprise - par exemple pour réduire les coûts, simplifier les processus de travail ou mettre en œuvre des prescriptions légales. Il ne suffit pas qu’elle procure un avantage à l’employeur. De plus, le congé-modification ne doit pas désavantager la personne concernée sans motifs et doit être proportionné à son but, ainsi qu’équitable et raisonnable.
Il ressort de la pratique que les déclencheurs typiques de congés-modifications en Suisse sont les suivants:
- pression économique (p. ex. baisse du chiffre d’affaires),
- changements opérationnels (p. ex. regroupement d’équipes ou de sites),
- nouveaux modèles de temps de travail ou nouveaux règlements d’entreprise,
- adaptations du salaire, du temps de travail ou du domaine d’activité.
Quelles conditions doivent être remplies pour qu’un congé-modification par l’employeur soit licite?
Un congé-modification est juridiquement valable en Suisse s’il respecte les dispositions générales régissant le congé des art. 335 ss CO, soit:
Identifiabilité
Le congé doit être clairement identifiable comme tel. Il ne suffit pas de proposer de nouvelles conditions contractuelles: le congé doit être signifié expressément, en même temps que la proposition de poursuivre les rapports de travail à de nouvelles conditions.
Respect du délai de congé
Les délais de congé légaux ou contractuels sont applicables. Le congé-modification ne peut pas être signifié avec effet rétroactif ni à un délai inférieur à celui prévu légalement ou contractuellement.
Justification
Les motifs de la modification doivent être présentés en toute transparence.
Proportionnalité
La modification doit être acceptable et proportionnée à son but. Elle ne doit pas être inattendue, arbitraire ou désavantager clairement de façon unilatérale la personne concernée.
Exclusion d'abus
Le congé-modification ne doit pas servir à se séparer d’employées ou employés indésirables ou à les mettre sous pression, en prévoyant une détérioration ciblée de leurs conditions de travail. Le cas échéant, le congé peut être considéré comme abusif (voir la section «Un congé-modification peut-il être abusif?»).
Les conséquences d'un congé-modification
Congé-modification donné par la personne employée: est-ce possible?
En principe, les les collaborateurs:trices peuvent eux aussi signifier un congé-modification à leur employeur. Dans ce cas, ils résilient les rapports de travail existants sous réserve que l’employeur accepte une proposition de nouveau contrat, prévoyant par exemple de meilleurs horaires de travail, un salaire plus élevé ou l’exercice d’une autre fonction.
Important: cette démarche est certes licite, mais n’est que rarement utilisée dans la pratique. Un tel congé-modification est en effet très risqué car:
- L’employeur n’est pas tenu d’accepter la nouvelle proposition.
- S’il la refuse, la résiliation prend effet et les rapports de travail s’achèvent définitivement à l’expiration du délai de congé.
Toute personne qui envisage de signifier un congé-modification en tant que collaborateur:trice doit impérativement se faire conseiller au préalable. Elle peut ainsi évaluer objectivement les opportunités et les risques que présente une telle démarche.
Quand une réduction de salaire par congé-modification est-elle licite?
Les réductions de salaire figurent parmi les mesures les plus incisives pouvant être prises dans le cadre de rapports de travail. C’est pourquoi, une réduction de salaire ne peut pas être imposée unilatéralement. En principe, une diminution de salaire n’est licite que si les deux parties y consentent librement. En l’absence d’un commun accord, l’employeur n’a cependant plus qu’une seule possibilité: le congé-modification.
Toutefois, un congé-modification avec réduction de salaire n’est licite qu’aux conditions suivantes:
- le congé repose sur un motif opérationnel objectif et compréhensible (p. ex. baisse du chiffre d’affaires lié à une crise dans la branche, perte d’un gros client, adoption d’un nouveau modèle économique comportant des profils de rôles différents);
- la réduction de salaire est proportionnée (p. ex. réduction modérée accompagnée d’une diminution du temps de travail ou du changement de répartition des tâches);
- l’employeur communique les motifs de manière ouverte, transparente et compréhensible (p. ex. informations sur les chiffres de l’entreprise, l’évolution de l’activité ou autres possibilités).
Congé-modification et ORP: à quoi faut-il faire attention?
Lorsque l’employeur notifie un congé-modification, la personne employée doit prendre une décision importante: l’accepter ou le refuser?
Cette décision doit être mûrement réfléchie. Si la nouvelle proposition est refusée alors qu’elle n’est pas nettement moins avantageuse par rapport au contrat en vigueur, l’Office régional de placement (ORP) peut considérerque le chômage résulte d’une faute imputable à la personne employée. Conséquence: l’ORP peut prononcer des jours de suspension, autrement dit une suspension temporaire du droit à l’indemnité de chômage.
Mais que faut-il comprendre par offre «pas nettement moins avantageuse» dans le contexte d’un congé-modification? Les directives en la matière manquent de clarté, mais il ressort de la pratique que les ORP considèrent souvent qu’une réduction de salaire peu importante, une adaptation des horaires de travail ou un nouveau lieu de travail acceptable sont des modifications admissibles, surtout si les rapports de travail restent pour l’essentiel inchangés et que le nouveau poste correspond toujours aux qualifications et aux conditions antérieures.
Étant donné que chaque cas est évalué individuellement, il est important de ne pas refuser un congé-modification par l’employeur de manière précipitée. En cas de doutes sur son acceptabilité, il convient d’examiner la modification proposée de manière approfondie et, dans l’idéal, de se faire conseiller en temps utile.
Alternatives au congé-modification
Il n’est pas toujours nécessaire d’en arriver à un congé-modification. Les modifications des rapports de travail peuvent souvent être mises en œuvre d’une autre manière, notamment sur la base d’une communication ouverte et d’un commun accord. Les alternatives les plus courantes sont les suivantes:
- Modification du contrat d’un commun accord: la modification volontaire du contrat d’entente entre les parties est la solution la plus simple et la meilleure sur le plan juridique. L’employeur et la personne employée s’accordent sur les nouvelles conditions. Il n’est alors pas nécessaire de passer par un congé-modification et les changements décidés entrent en vigueur immédiatement où à la date convenue entre les parties.
-
Instruction unilatérale: les employeurs sont en droit d’ordonner certaines modifications en vertu de leur droit de donner des instructions. Il peut s’agir notamment de modifications de processus de travail ou de tâches, pour autant qu’elles soient acceptables au regard du contrat en vigueur.
Sont cependant considérées comme illicites les modifications unilatérales concernant le salaire, le temps de travail ou le lieu de travail si ces points sont clairement réglés dans le contrat. Dans ce cas, l’employeur doit passer par un accord commun contractuel ou un congé-modification.
Questions et réponses
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