1,1 million de personnes en Suisse vivent en zones inondables

Jeudi, 3. Novembre 2016

Les chercheurs du Laboratoire Mobilière de recherche sur les risques naturels de l’Université de Berne ont déterminé, pour chaque commune, le nombre de personnes vivant dans des zones inondables, le nombre de bâtiments concernés et la valeur de ces derniers. Les récentes analyses effectuées permettront d’identifier les régions fortement exposées aux risques de crues et de prioriser les mesures de prévention.

Les inondations survenues en Suisse ont à chaque fois occasionné des millions de francs de dégâts. Chaque année, la Confédération et les cantons dépensent des centaines de millions de francs pour protéger la population et les biens matériels contre les crues des cours d’eau et des lacs. Grâce aux cartes des dangers des cantons, les zones susceptibles d’être inondées ont été identifiées. Restait à savoir combien de bâtiments se trouvent dans ces zones inondables, quelle est leur valeur et combien de personnes y vivent. Jusqu’à présent, nous ne disposions pas de telles données pour l’ensemble du pays. Le Laboratoire Mobilière de recherche sur les risques naturels, situé au Centre Oeschger pour la recherche climatologique à l’Université de Berne, vient de combler cette lacune: désormais disponibles sur le site www.hochwasserrisiko.ch, les résultats de ses recherches apportent des réponses détaillées à ces questions.

De nouvelles bases pour la priorisation des mesures de prévention

Les résultats des dernières recherches effectuées permettront d’affecter de manière ciblée les moyens alloués en nombre limité à la prévention des dangers naturels. «Grâce aux cartes des dangers, nous savions où survenaient habituellement des crues et à quelle fréquence. À présent, nous connaissons aussi le nombre de personnes et de bâtiments potentiellement concernés», explique Veronika Röthlisberger, experte en risques de crues au Laboratoire Mobilière de recherche. Ce genre de données de base intéresse aussi les responsables de la Confédération et des cantons comme l’a montré une table ronde lors de la manifestation « Wo Hochwasser am meisten Schäden anrichten » organisée par le Laboratoire Mobilière du Centre Oeschger pour la recherche climatologique le 2 novembre.

L’arc alpin et les villes sont le plus exposés

En se basant sur les cartes des dangers, les chercheurs ont déterminé le nombre de personnes et de bâtiments se trouvant en zones inondables. Ils ont ainsi recensé 270 000 bâtiments d’une valeur à neuf totale de 480 milliards de francs ainsi que quelque 1,1 million de personnes.

Il apparaît que le Valais, Nidwald, la vallée du Rhin saint-galloise et la région de Berthoud sont notamment exposés à des risques de crues. Dans de nombreuses communes de ces régions, plus de 80% des bâtiments figurent en effet en zones inondables.

Si l’on s’intéresse au pourcentage de la population vivant dans une zone inondable, ce sont les régions d’Interlaken/Meiringen, de Glaris et de Sargans qui se démarquent en plus.

Les valeurs absolues dressent un tableau un peu différent: la ville de Zurich occupe clairement une position de tête. Ce sont près de 4 000 bâtiments abritant près de 80 000 personnes qui s’y trouvent en zones inondables. Mais on recense aussi des milliers d’habitants vivant dans des zones à dangers à St-Gall, Sion, Winterthour, Lucerne et Bienne. Dans chacune de ces villes, la valeur des bâtiments ainsi exposés à des risques de crues se chiffre à plusieurs milliards de francs.

«En conclusion, si dans de nombreuses communes de l’arc alpin, une grande partie de la population et des bâtiments se trouvent en zones inondables, une crue occasionnerait des dommages plus importants dans les villes, compte tenu de la plus grande concentration de valeurs en milieu urbain», dit Röthlisberger.

Pourquoi il ne faut pas se limiter à la carte des dangers

La prévention des crues est aujourd’hui fortement axée sur la localisation des inondations, leur fréquence et le volume d’eau concerné. Ces informations clés figurent dans les cartes des dangers. Mais ces cartes ne fournissent pas de données sur les dommages potentiels. Ces dernières sont indispensables pour mettre en œuvre des mesures de protection durables: quels sont les dommages possibles et combien de personnes seraient alors touchées? Jusqu’à présent, il n’existait pas de données à l’échelle de la Suisse concernant les dommages potentiels en cas de crues. De telles données globales sont toutefois nécessaires pour optimiser l’affectation des moyens de prévention qui sont en nombre limité.

Laboratoire Mobilière de recherche sur les risques naturels

Le Laboratoire Mobilière de recherche sur les risques naturels est le fruit d’une collaboration dans le domaine de la recherche entre le Centre Oeschger de recherche en climatologie et la Mobilière. Les recherches effectuées portent essentiellement sur les inondations, les tempêtes et la grêle ainsi que sur le potentiel de dommages que ces événements représentent. Pour ses recherches, le Laboratoire Mobilière travaille en étroite collaboration avec l’Office fédéral de météorologie et de climatologie MétéoSuisse.